lundi 26 mai 2008

Toix et moi

Neuf mois que je n'avais plus goûté les délices de Passions et Gourmandises. Neuf mois d'abstinence à imputer aux économies forcées de fin d'année. Entre temps, le chef a décroché sa première étoile au guide Michelin. À croire que le nouvel écrin de Saint-Benoît lui porte chance. À moins que ce ne soit le talent, tout simplement. Retour sur un vendredi soir hautement gastronomique.

Accompagnés de notre amie Emma, grande gourmande devant l'Éternel, Running Doudou et moi arrivons au restaurant. La salle est pleine, ce qui est bon signe. Une jolie table ronde nous attend. Je me demande juste pourquoi deux écrans TV ont été ajoutés aux murs depuis ma dernière visite.
L'accueil de l'épouse de Richard Toix est généreux, dynamique et personnalisé. Quel plaisir de discuter avec Laure de l'étoile qui va leur être remise en main propre cette semaine, de l'émission Côté Cuisine sur France 3 consacrée au chef ce lundi et demain, de la récente association Générations.C, des autres grandes maisons du 86...
Dans la carte des vins, la jeune sommelière nous conseille un rouge corse, d'Ajaccio plus précisément. Ce Domaine Comte Peraldi 2005 s'avère délicieusement épicé.

Et puis, le festival commence. Les espumas, crèmes froides et granités sont aussi raffraîchissants que goûteux tandis que les makis sauce moutarde fondent sous la langue. L'éventail de petits pains est large. Mes préférés ? Le fameux brioché aux olives et le petit nouveau à la semoule.
Le cuisinier adore réinventer les produits régionaux. Ainsi, les huitres fumées et leur julienne de légumes au vinaigre, astucieusement mises en scène avec une cloche transparente, surprennent les yeux, le nez et les papilles. Je ne peux m'empêcher de goûter à l'escalope de foie gras de canard à la plancha et sa réduction de pineau et gingembre dans l'assiette de mon chéri. La consistance est d'une justesse insolente. Mes raviolis à l'ananas et au homard n'ont rien à lui envier. Associés à un coulis de mangue et à un chutney de radis, ils me confortent dans l'idée que le lieu lorgne de plus en plus vers les cuisines exotiques. Plus tard, à ma grande joie, le charriot de fromages ne se limite pas aux seuls chèvres régionaux.

Pour finir, nous ne pouvons que constater les progrès du Second désormais responsable des desserts. Parmi l'assortiment, une petite cuillère de glace au praliné onctueuse côtoie une étonnante verrine au yuzu. Souvenez-vous, je vous avais déjà causé de ce fruit dans un billet sur les macarons de Sadaharu Aoki.

S'il fallait trouver une famille culinaire à Richard l'ex-rugbyman, je proposerais celle de Thierry Marx, le prof d'aïkido. La culture japonaise inspire leurs créations toutes en légèreté ; les deux compères sont passés maîtres dans l'art des écumes et le mariage des saveurs.
Après un an en terre poitevine, le bilan est plus que positif pour Passions et Gourmandises. Je dirais même plus : la meilleure table du département à ce jour selon moi.

Passions et gourmandises
6 rue du square 86280 Saint-Benoît
Tél : 05 49 61 03 99

http://www.passionsetgourmandises.com
http://restaurantpassionsetgourmandises.blogspot.com


EDIT du 3 février 2010 :
Richard Toix a également ouvert une brasserie
esprit bistro en centre ville de Poitiers.
Tous les détails ICI.

Billets sur le même sujet :
http://86andco.blogspot.com/2007/11/les-trois-saints.html
http://86andco.blogspot.com/2008/03/ton-toile.html

9 commentaires:

Le Lezard Noir a dit…

pour trancher et faire mon grognon, moi je ne prend jamais autant de plaisir que de manger dans un bouiboui japonais ou coréen pour salary man sous la gare d'osaka, à umeda, comme il y en a des dizaines dans ce dédale de couloirs glauques. Un bon okonomiyaki, quelques fritures (huitres, porcs), des edamame avec une saporo sur un zinc sur lequel pas plus de 4 mecs en costard peuvent tenir debout.
Se finir d'une patisserie après un bon bain et en yukata alongé sur le lit de ce bouge qu'est l'hôtel kinki en regardant des débilités à la tv japonaise.
c'est down town au coeur de la ville, titi t'en diras des nouvelles.
plus qu'un mois et demi à tenir... on vous emmène l'an prochain ?
Quant à aoki ses gateaux sont trop sucrés mais je ne demande qu'à être contredit
see you at atac of Mirebeau

Daphné a dit…

Je ne connais pas les plans japonais du Lézard noir mais celui de Lo à Saint-Benoit me dit bien à moi !
Un ancien rugbyman qui mélange tartare de boeuf et tartare d'huitre, comme dans l'émission de France 3, c'est viril et appétissant...
33 euros un soir, c'est jouable en plus. :)

LO a dit…

@Daphné : Ravie que le billet vous donne envie de tester Passions et gourmandises.

@Lézard noir : À mon avis, tu as décrit une journée type de Thierry Marx quand il séjourne au Japon !
La proposition pour l'an prochain est tentante... mais est-ce bien raisonnable de la part de quelqu'un qui va endosser de sacrées responsabilités d'ici quelques mois ? :)

Le Lezard Noir a dit…

Attention, tout ça rentre dans le cadre du boulot... j'en connais d'autres qui ajoutent le golf quand ils vont de l'autre côté de l'atlantique.
C'est de la veille concurentielle qui se termine par un grignotage sur le zinc. Et qui sait si un jours nous devions changer de DAS (domaine d'action stratégique pour les non initiés). Il faut toujours être alerte.
Les résponsabilités que connaitront aussi d'autres qui lisent ces lignes ne doivent empêcher de continuer à explorer le tangible comme l'intangible. Les mémés sont aussi là pour garder les bébés. C'est un slogan que feraient bien reprendre les lycéens sur leurs banderolles. Ce que les jeunes manquent de wizz de nos jours.
Marx je n'ai pas essayé, je l'essayerai plus volontiers que son homonoyme mais pas sur un tatami. Je comprend mieux la perception du monde de Ueshiba que ses figures corporelles.
Allez, ce restaurant de saint benoit je vais le tester ne serait ce parceque j'aime beaucoup cette petite banlieu tranquille et verdoyante faite d'esthètes et de fin gourmet. Je me souviens cette grande banderolle dans la salle où nous allions y faire du Kyudo "Allez St Beu" au dessus d'un dessin représentant une grande marmite gauloise. Des gens avec une si grande idée de la convivialité me sont d'entrée de jeu sympathiques.

pinardier a dit…

tiens?! Vendredi soir, Franky mon pote et éleveur de moutons préféré y était aussi et Mr le Directeur y était samedi midi (juste avant de faire 2h59 au marathon du futuroscope ...).
So P&G is the place to be?

A+

LO a dit…

@Pinardier : Bravo à M. le Directeur pour son marathon. Le niveau était élevé cette année selon Running Doudou.
Franky et M. le Directeur ont-ils apprécié comme moi la cuisine de Richard Toix ?

pinardier a dit…

Oui, globalement ils ont bien apprécié, d'ailleurs, Mr le Directeur comme moi même connaissions déja les lieux... Franky et son défaut professionnel (il est éleveur et maraîcher)a été surpris pas la présence de tomate (poussée sous serre?)à cette époque de l'année et à tiqué sur les compétences de la sommelière (mais bon, ça c'est encore autre chose). Sinon, bien d'accord c'est indiscutablement la meilleur table de la Vienne. Sinon dernièrement nous avons fait une table magnifique vers Villandry (dep 37) et nous nous sommes éclatés: c'est "le bout du monde". Super cuisine, trés beau cadre et carte des vins digne de ce nom (le tout pour un prix dérisoire)!!! Passe-y absolument lors de ton prochain Food-trip.
A+

Running Doudou a dit…

@ Pinardier, à propose de l'Affaire de la Tomate".
Je me suis renseigné et je citerais mon frère, agriculteur bio en Bourgogne : "nous avons actuellement des tomates de belle taille, mais absolument vertes. Il nous faut attendre une bonne quinzaine de jours avant d'en goûter...
Par contre, dans le sud de la France ils ont dû pouvoir planter plus tôt les tomates et normalement il fait plus chaud donc ils doivent pouvoir commencer à récolter des tomates, même en bio."

Anonyme a dit…

Le souci, c'est qu'ils sont odieux dans ce restaurant. Entendu une fois, à un client qui faisait remarquer que les assiettes étaient quand même très peu garnies : "oui, mais bon, vous avez pris le menu à 33 euros aussi, faut pas vous étonner"
Magnifique réplique qui fait que je n'y mettrai plus jamais les pieds.